APlacetoBuryStrangers1C’était il y a quatre ou cinq ans, un des concerts les plus marquants de ma vie. Les gars avaient fini par sortir de leur ombre, dévoilant des visages hagards, ils étaient descendus de scène et avaient fendu la foule pour rejoindre les coulisses, sans un regard pour leur public encore pétrifié ou pris d’épilepsie après l’ouragan sonique subit. Les guitares de I lived my life to stay in the shadow of your Heart saturaient encore dans le BT52 de Bègles. Les commentaires classiques « C’était bien », « C’était cool » étaient vains. Non, A Place to Bury Strangers, c’est pas cool. C’est bien, mais pas dans le même sens que des vacances à la mer. Si fin du monde il devait y avoir, l’idéal eut été qu’elle ressemble à ce moment là. Que It is Nothing retentisse dans l’air, nous perce les tympans, nous brûle les yeux, nous grille le cerveau d’extase.

Puis il y eut l’impeccable Worship en 2012, qui laissait entrevoir quelques éclaircies, oh il sentait pas pour autant les fleurs et le printemps, à croire que ces gars n’ont jamais eu d’autre horizon que les hangars des docks de Brooklyn.

Cet hiver, ils sortaient leur quatrième album studio, Transfixiation. Il commence sur un tempo tout en retenue, d’humeur maussade, avant de lâcher des chevaux de métal, de relancer l’aciérie à sa cadence de croisière le temps de quelques titres entêtant comme l’excellent Straight et le voilé Love High. Puis c’est l’accident, le chaîne déraille et Deeper vient donner des coups de marteaux gigantesques et lents, creusant une abîme de noirceur et de frustration avant un relâchement désespéré mais salvateur. La voix est toujours aussi sereine au milieu de la tempête mais elle est de plus en plus sombre, il se dit que le groupe a failli splitté suite à des tournées harassantes et des tensions trop vives, et honnêtement vu l’intensité hallucinante de leur show, on peut le comprendre. D’ailleurs, la machine se relance et We’ve come so Far vient illustrer ces rumeurs là. I’m so Clean a des airs délirants inhabituels et I will Die vient conclure une brève autodestruction sale et violente en guise de point final. Un point final, pour toujours, non, A Place to Bury Strangers est un phœnix, un phœnix suicidaire, I will die again and again …

Avec Transfixiation, les New Yorkais viennent une nouvelle décoiffer tout corbeau se voyant paon d’un souffle poussant dans les extrêmes l’alliance du musicien et de l’électricité. Mais en tant qu’humain préférant encore un sourire ou le chant des oiseaux à une claque dans la face, passé le choc initial, grisant à souhait, procuré par les deux premiers albums du groupe, on classera A Place to Bury Strangers dans la case des grands qu’on ne sort pas souvent, parce qu’on n’est pas des phœnix, nous.

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